Oui, il faut le reconnaitre! Le modèle de soutien à l’agriculture que nous avons adopté dans les 20 dernières années fut inéquitable. Inéquitable pour les agriculteurs en région, pour les fermes diversifiées, pour l’agriculture biologique, les nouveaux créneaux, les fermes en démarrage et surtout pour la majorité des fermes qui ne furent jamais soutenues.
Pourtant, la plus grande injustice est pour
les agriculteurs sous ASRA, dont les entreprises sont devenues hyper fragilisées
face à leur environnement extérieur,
risquant même de disparaître. Faut-il rappeler que les fermes du Québec
sont les plus endettées d’Amérique du Nord? Il faut donc que toute réforme du
soutien envers ces fermes se fasse sur du long terme afin de les aider à
reprendre les rênes de leurs entreprises exactement comme le propose le rapport
de Michel St-Pierre. Pour avoir rencontré les ministres Lessard et Béchard nous
savons qu’ils furent sensible à cet élément.
L’Union des producteurs agricoles, qui a motivé ce système, n’avouera jamais qu’il est une des causes majeures de la détérioration de la santé financière des fermes. L’UPA n’entend même plus les agriculteurs qui sont prêts pour un nouveau contrat social avec l’état. Car l’ASRA a entre autres terni notre image d’agriculteur auprès de la population qui paye la plus grande partie de cette facture. Nous sommes maintenant vus comme des assistés sociaux en tracteur.
Les coûts de production
L’ASRA soumet les agriculteurs à la dictature des coûts de production qui sont impossibles à satisfaire. Les coûts de production d’un jeune qui débute, ceux d’une ferme en région, d’une ferme sous intégration où ceux en agriculture biologique ne peuvent se ressembler. Cette formulation qui nivelle tout le monde constitue un des vices de base majeurs du programme et a contribué activement à la disparition des fermes québécoises, surtout celles en région.
Mais pourquoi changer une formule que l’UPA elle-même trouve rentable puisque
dans le calcul des coûts de production, les prélevés du syndicat et des
fédérations concernées sont inclus, faisant hausser artificiellement le plafond.
En vertu du fait que l’état paye les deux tiers de la facture, nous pouvons
estimer que dans les pires années de l’ASRA, c’est plusieurs dizaines de
millions d’argent public qui sont allés dans les coffres de l’UPA et de ses
fédérations. Faut-il s’étonner qu’ils ne se gênent pas pour augmenter leurs
prélevés presque chaque année?
Le modèle
Dans toute cette saga, la question fondamentale tourne autour du modèle que nous voulons privilégier pour l’avenir de l’agriculture. L’UPA, faut-il s’en étonner, propose au gouvernement de maintenir l’ASRA et de l’étendre au plus grand nombre possible, d’augmenter les montants à 650 millions (ils étaient de 305 millions en 2008) et assurément d’éponger le déficit de 1 milliard et demi de la Financière agricole. Cette position est identique à celle des musiciens du Titanic qui ont continué de jouer pendant que le navire coulait. Est-ce que quelqu’un peut leur dire qu’on parle de crise économique depuis plus de 1 an?
L’Union paysanne pour sa part en parle depuis
maintenant 9 ans : le modèle en vigueur survit au détriment de l’avenir de
l’agriculture. La question n’est plus de savoir s’il faut soutenir
l’agriculture, la question est de savoir s’il est possible de mieux la soutenir.
Ce mieux doit passer par le soutien
des fermes en démarrage, de l’agriculture de proximité, des fermes en région
dévitalisée, des fermes diversifiées et des fermes biologiques. Le mieux ne
voulant pas nécessairement dire…plus.
Pour le jour où il y aura plus d’argent, il sera nécessaire de diriger ces sommes vers un programme qui inclura la notion de services environnementaux rendus par l’agriculture. Ce type de programme, tout en respectant les règles de l’OMC, a le mérite de soutenir la vision dégagée dans le rapport Pronovost quant à une agriculture plurielle, qui occupe le territoire, protège les ressources autant que le paysage et est créatrice d’emploi. Le rapport St-Pierre en propose une version dans son Contrat d’agriculture multifonctionnelle calqué sur la proposition de Contrat vert de l’Union paysanne.
Ne vous méprenez plus lorsque l’UPA dira….les agriculteurs veulent ceci ou cela, car l’Union paysanne peut vous le dire : beaucoup d’agriculteurs souhaitent des changements, mais le syndicat monopolistique s’y oppose et ne les entends plus. Beaucoup souhaitent être soutenus non pas pour des unités produites à la ferme et soumises aux coûts de production, mais pour leur contribution à la société québécoise.
Voila l’importante décision que s’apprête à prendre le gouvernement Charest. Vas-t’il, oui ou non, regarder vers l’avenir, ne plus accepter qu’une seule ferme disparaisse et ultimement développer une agriculture au diapason des valeurs de la population? Car ne l’oublions pas….celui qui paye l’orchestre a le droit de faire jouer le morceau qu’il veut entendre.
Benoit Girouard, Président Union paysanne Frédéric Sauriol, Secrétaire général
450-495-1910 450-566-5009