Barrage contre le SmartStax

Fabien Deglise
Édition du jeudi 30 juillet 2009, Le Devoir

Des groupes gouvernementaux réclament la suspension de l'autorisation de vente accordée au nouvel OGM recombiné, en raison d'importantes failles dans l'évaluation de son innocuité

Un nouveau venu s'est ajouté à l'éventail de semences de maïs commercialisées au pays, soit le SmartStax, un OGM recombiné.

Photo: Pedro Ruiz
Après l'approbation, la réaction. Plusieurs groupes environnementaux ont demandé officiellement hier au gouvernement fédéral de suspendre l'autorisation de commercialiser au pays le maïs SmartStax, un nouvel OGM recombiné. Ils évoquent d'ailleurs le non-respect d'une directive internationale en matière de transgènes, chose que dément toutefois le ministère de la Santé.

Le SmartStax ne passera pas. Une coalition de groupes environnementaux est déterminée à faire reculer le gouvernement fédéral, qui vient d'autoriser la commercialisation d'un nouvel organisme génétiquement modifié (OGM) au pays. Dans une lettre adressée à Santé Canada, ils réclament la suspension pure et simple de l'autorisation de vente accordée au maïs SmartStax, prétextant d'importantes failles dans l'évaluation de son innocuité. Ce que dément le ministère fédéral de la Santé.

Le Réseau canadien d'action sur les biotechnologies (RCAB) et le Réseau québécois contre les OGM (RQcOGM) n'en démordent pas. Avant de permettre la dissémination en champs, mais aussi l'introduction de cet OGM dans l'alimentation humaine et animale, «Santé Canada n'a pas fait des évaluations complètes et indépendantes» qui s'imposent, prétendent-ils tout en réclamant au passage la suspension du droit de culture et de commercialisation, accordé la semaine dernière par l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) à Monsanto et à Dow AgroSciences, les géniteurs de ce transgène.

Nouveau venu dans l'univers agricole, le SmartStax est un OGM particulier, qui combine huit caractères transgéniques actuellement sur le marché. Cet «empilage» lui permet d'être tolérant à plusieurs herbicides en plus de produire plusieurs insecticides en même temps. Il inquiète aussi les environnementalistes, qui estiment qu'en raison de cette configuration, cette super-plante transgénique devrait subir une nouvelle évaluation, afin que l'on s'assure qu'elle n'a pas d'effets néfastes sur la santé humaine et animale, mais aussi sur l'environnement.

Or, ni l'ACIA ni Santé Canada n'ont effectué une telle évaluation. Pour les autorités sanitaires, l'innocuité démontrée par les plantes transgéniques déjà sur le marché, et dont est issu le SmartStax, est suffisante pour conclure à la sécurité du nouvel OGM. «Santé Canada a approuvé les plantes et les lignées qui ont servi à développer le SmartStax, a indiqué hier au Devoir Christelle Legault, du ministère fédéral. Toutes ces plantes ont été évaluées par Santé Canada entre 2002 et 2008 et ont été considérées comme sécuritaires.»

Pour la coalition, cette procédure contrevient toutefois à une directive récente du Codex Alimentarius, la branche de l'ONU chargée de dresser les normes internationales de salubrité alimentaire, qui recommande d'évaluer à part les OGM «possédant des caractères transgéniques empilés». Selon le Codex, les «aliments dérivés à ADN recombinés» pourraient avoir des effets imprévus, qu'il serait préférable d'évaluer avant une commercialisation.

L'argument est d'ailleurs repris dans une lettre adressée à Meena Ballantyne, sous-ministre adjointe à la Direction générale des produits de santé et des aliments à Santé Canada, lettre accompagnée d'une demande sans équivoque: «Nous voulons que Santé Canada commence à procéder à l'évaluation complète de la salubrité du maïs OGM, comme le prévoit le Codex Alimentarius», peut-on lire.

Hier, le ministère n'a pas souhaité conjecturer sur la réponse qu'il allait apporter à ce groupe d'opposants. Santé Canada a toutefois confirmé que l'évaluation des risques potentiels était dans les mains des deux entreprises à l'origine du SmartStax. Ces dernières ont d'ailleurs l'obligation d'informer Santé Canada «de tout changement dans la sécurité de leur produit», a résumé Christelle Legault.

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