Vingt ans
et encore quelques dents?
Henri Jacob
Membre actif du RQGE
En 1972 à Stockholm, au Sommet sur l'environnement, le monde prenait conscience des menaces que l'industrialisation faisait courir à la planète.
Dix ans plus tard, le mouvement environnemental, tant ici qu'ailleurs dans le monde, est en pleine effervescence. Il tente de s'organiser avant de se faire organiser par les gouvernements qui souhaitent bien encadrer l'émergence de ces groupes anti-progrès qui revendiquent et critiquent leurs positions en matière d'environnement.
Au Québec, en mars 1983, après plusieurs essais infructueux, les militants sont convoqués à Minogamie en Mauricie par un comité formé quelques mois plus tôt en vue de les réunir pour mettre sur pied la structure de collaboration qu'allait devenir le RQGE.
Plusieurs points de vue s'y confrontent sur le rôle et les mandats du réseau en devenir. Après deux jours 'intenses discussions, un comité permanent est formé de représentants des différentes régions du Québec pour mettre sur pied cette structure de communication et de concertation indépendante pour les groupes écologistes du Québec.
Il est intéressant de se rappeler les dossiers à l'ordre du jour de cette rencontre: l'agriculture, la faune et la flore, l'eau, la récupération, les produits toxiques, le nucléaire et les pluies acides. Les autres discussions portaient sur la structure du Réseau, sur Le Bouquet Écologique, le financement du réseau et la représentation. Plus ça change...
Les années 1980 ont été, pour le mouvement et le Réseau, celles du partage des connaissances et de la mise en commun de services pour une meilleure cohérence dans nos prises de positions collectives et dans nos actions sur le terrain. Cette décennie nous a permis de rêver que des collectifs de citoyens pouvaient influencer les décisions importantes sur notre devenir.
Ces années ont aussi été celles de la sensibilisation du public à l'égard de notre environnement et des dangers qui le menacent. Ces actions de sensibilisation ont été le fruit du travail acharné et bénévole des groupes de base locaux qui ont fait de l'environnement une priorité dans le discours électoral de nos politiciens. On attend toujours les budgets qui traduiront ce discours en projets concrets sur le terrain.
Les années 1990 furent, pour les militants et les organisations écologistes, celles du réveil brutal et de la désillusion. Nous étions en droit de récolter les fruits de cette prise de conscience qui a conduit les dirigeants de la planète au Sommet de la Terre de Rio au Brésil en juin 1992. Malheureusement pour la Terre et les écologistes, les lendemains du carnaval allaient se révéler très décevants. Non seulement les dirigeants refusèrent de reconnaitre le travail effectué par les militants, mais ils entreprirent de noyauter le mouvement écologiste en semant la discorde par la reconnaissance de certains aux détriments des autres. Pour embrouiller la population et discréditer leurs détracteurs, les décideurs ont habilement récupéré le discours vert tout en accélérant la mainmise de la haute finance et des multinationales sur les ressources naturelles restantes et imposèrent des modifications aux différents régimes politiques des pays pauvres afin qu'ils facilitent l'implantation d'industries capitalistes sans égard au bien-être des populations.
Aux dossiers non réglés des années 1980 se sont ajoutés ceux de la diminuation de la couche d'ozone, des changements climatiques, de la privatisation de l'eau, de la biodiversité menacée, du libre-échange. Le plus pathétique de cette dernière décennie fut de réaliser que la voix de la société civile n'était plus qu'un murmure qu'on entend mais dont l'écho ne se répercute que dans les discours électoralistes de nos bergers qui nous promettent des jours meilleurs en nous conduisant à l'abattoir.
Que nous réserve l'avenir en ce début de siècle?
Quelle sera la plus grande menace à la vie sur Terre, maintenant que Bush (du Grec, boucher) et Sharon (du Latin, charogne) ont le pouvoir d'éliminer unilatéralement les infidèles barbus qui refusent de pourrir pour enrichir le jardin de la "civilisation" et de la "liberté"?
La démocratie guerrière engendrera-t-elle la paix et la richesse pour tous après la grande purge religieuse, raciale et ethnique que concoctent les multinationales avec le concours de leurs marionnettes au pouvoir?
Est-ce que la bêtise optimste au pouvoir réussira à changer les ressources virtuelles en nourriture spirituelle pour les affamés de la planète?
Si vous répondez négativement à l'une de ces interrogations, vous deviendrez éligible au tirage d'un séjour, toutes dépenses payées, dans la station balnéaire de Guantanamo sur l'Ile de Cuba.
Ici au Québec, nos gouvernants nous promettent de rallumer la lumière au bout du tunnel si nous consentons à sacrifier nos dernières rivières sur l'hôtel de la croissance énergétique durable. Nos campagnes deviendront des havres de rentabilité et de jouissance pour les populations locales, si on les repeint avec le purin de porc, si nos forêts sont nettoyées de leurs arbres naturels, si notre eau voyage en bouteilles et si nous concédons à l'industrie ce qui reste de l'héritage de nos enfants.
Quand la pensée dissidente devient un crime, le temps est venu de crier sa douleur. - Bocaj Irneh.