par Daniel Breton / chronique auto-écolo
L'année 2009 commence sur une note très négative pour les gens du
Québec qui ont à coeur la diminution de nos émissions de gaz à effet de
serre dans le domaine des transports. En voici des exemples :
1: Le prix du litre d'essence est descendu autour de 75 cents du
litre :Ce prix est un incitatif puissant, combiné aux soldes sur les
véhicules énergivores, à l'achat de tels véhicules. De plus, le
kilométrage parcouru risque fort d'augmenter, aussi bien dans le
domaine du camionnage que du transport individuel. Pour ce qui est du
limitateur de vitesse à 105km /h que les camions doivent avoir
installé, je me garde une petite gêne sur les contraventions qui en
découleront
Rappelons-nous combien le PIEVAL (le Programme d'Inspection des
Émissions des Véhicules Automobiles Lourds) qui a pour but de contrôler
les émissions polluantes des camions n'a aucune dent! Ce programme qui,
en principe, devrait avoir contribué de façon notable à la diminution
des émissions polluantes des véhicules lourds ne l'a à peu près pas
fait car il se révèle beaucoup trop laxiste. Le même laxisme est à
craindre dans le cas présent.
2: La hausse du prix des transports collectifs: Les passes de transport
collectif pour Montréal, Laval et la rive-sud augmenteront tous de
$2,50 à $3,00 par mois. La hausse du coût annuel du permis de conduire
sera, elle, de $14. Ainsi, avec une hausse du prix du transport
collectif annuel de $30 à $36, la hausse gouvernementale du coût de
transport sera de plus de 110% à 130% plus élevée pour les gens qui
utilisent les transports collectifs que pour ceux et celles qui se
promènent en véhicule individuel! Seul point positif, le service de
transport en commun s'améliore, bien que très, trop lentement et ce,
après de nombreuses années de détérioration.
3: La fin des programmes de crédits fédéraux et provinciaux à l'achat
de véhicules écoénergétiques: Ces programmes de crédits de $1,000 et
$2,000 venant de chaque palier de gouvernement constituaient des
incitatifs puissants à l'achat de véhicules qui consommaient moins,
dont les autos hybrides. Ce qui a été proposé la semaine dernière par
l'agence d'efficacité énergétique comme incitatif à l'achat d'un
véhicule écoénergétique est totalement inadéquat. En effet, l'AEE
propose simplement un crédit de $500 à $1000 lorsqu'une personne achète
un véhicule qui consomme 3 litres / 100 km de moins que le véhicule
dont elle se départit. Ainsi, une personne peur recevoir le plein
crédit si elle va d'un véhicule qui consomme 20 lilres / 100 km à 17
litres / 100 km mais pas une personne qui s'achète un véhicule qui ne
consomme qui 5 litres / 100 km après en avoir possédé un qui consommait
7 litres / 100 km! Ainsi, non seulement le bas prix du carburant et les rabais encouragent l'achat de véhicules énergivores, mais les
consommateurs n'encourent aucune pénalité gouvernementale!
4: L'aménagement, la réfection et la construction de routes: Le
gouvernement du Québec, dans le cadre de son programme massif
d'investissements dans les infrastructures envoie le signal clair qu'au
Québec, l'automobiliste va continuer à régner en maître. Qu'il s'agisse
de la réfection de l'échangeur Turcot, du pont de l'autoroute 25 ou
d'autres projets de nouvelles routes et ponts, le transport "vert"
n'aura pas la priorité. D'ailleurs, cela aidera certainement
l'industrie du camionnage à reprendre du poil de la bête.
La hausse du prix du carburant ayant nuit à ses affaires alors que de
plus en plus d'entreprises commençaient à penser autrement la gestion
de leur marchandise, le retour à la baisse combiné à de nouvelles
routes ne pourra qu'encourager cette pratique commerciale nuisible à
l'environnement et à nos routes.
5: Les gouvernements fédéral et ontarien soutiennent GM et Chrysler en
leur allouant un prêt de $ 6 milliards sans obligation d’amélioration
de l’efficacité de leurs produits : Nulle part dans cette aide n’y
attache-t-on quelque condition que ce soit à la fabrication de
véhicules qui consomment moins. De plus, les trois constructeurs
américains se battent contre différents états en cour pour que ceux-ci
laissent tomber l'obligation que leurs flottes consomment moins.
Quelques jours à peine avant le début du salon de l'auto de Montréal
2008, ces derniers rencontraient Mme Beauchamp afin de lui "expliquer"
qu'il leur était impossible d'atteindre les normes californiennes pour
les véhicules vendus au Québec. Dans deux analyses du CEVEQ et de votre
humble serviteur, la démonstration était pourtant faite que cela était
faux. Ils le peuvent et le font déjà en Europe. Il est important de
rappeler que GM et Ford y produisent des véhicules fort respectables et
qui consomment beaucoup moins.
Seul point positif, de plus en plus de nouveaux modèles hybrides et
diesels s'en viennent sur le marché à des prix de plus en plus
compétitifs mais néanmoins plus élevés que les modèles traditionnels.
Avec un litre à 75 cents, les ventes de ces véhicules baissent tout de
même.
En conclusion, alors qu'environ 40% des émissions de gaz à effet de
serre du Québec viennent du secteur des transports et qu'il en
constitue le principal émetteur, les politiques en transport des
gouvernements fédéral et provincial vont exactement dans le sens
contraire de la réduction des émissions de CO2. Pourtant, lors du
dernier inventaire sur les émissions de gaz à effet de serre du Québec
2006 publié en novembre 2008, on apprenait que le secteur des
transports a augmenté ses émissions de 21,8%. Depuis un quart de
siècle, nous parlons de lutte au réchauffement de la planète. Et où en
sommes-nous, spécialement en transport, en 2009? Comme le dit si bien
l'expression reconnue, il semble que le slogan de cette année soit:
"Avancez en arrière ! "