SANTÉ ET ENVIRONNEMENT DANS LA BAIE DE SEPT-ÎLES
L’Institut national de santé publique reconnaît maintenant que certains problèmes de santé sont liés à l’environnement (2011) :
« L’environnement joue un rôle reconnu dans l’apparition de plusieurs maladies et le développement de certains cancers, tels que la leucémie, les cancers de la vessie, du rein, du cerveau et du poumon. La consommation de tabac est depuis longtemps considérée comme la principale cause responsable du cancer du poumon. Mais on reconnaît maintenant l’influence de la mauvaise qualité de l’air (extérieur et intérieur) dans l’apparition d’une part non négligeable des nouveaux cas de cancer du poumon. » 1
La Côte-Nord tient le deuxième rang au Québec pour la quantité des émissions atmosphériques générées par les industries (16,4% du total québécois). Pour les industries situées sur le territoire de la Ville de Sept-Îles, leurs émissions polluantes représentent environ 44% de la pollution industrielle émise sur la Côte-Nord et 7% de l’ensemble du Québec. Plus spécifiquement pour les particules en suspension totale (PST), les industries de Sept-Îles représentent environ 63% de ce qui est émis sur la Côte-Nord et 7% de l’ensemble du Québec (2002-2008).1, 2 Pour la répartition des émissions atmosphériques générées par les véhicules moteurs, pour les polluants mesurés, la Côte-Nord est aussi au deuxième rang sur l’ensemble du Québec, d’après la région d’immatriculation. On peut dire que la pollution atmosphérique en provenance des véhicules moteurs et de l’industrie est élevée et toujours en augmentation sur la Côte-Nord. Avec le Plan Nord, la tendance va s’accentuer et Sept-Îles ne fait pas exception.
Nous pensons que le tabagisme n’est pas le seul facteur à considérer dans l’apparition des maladies environnementales :
Pour les cancers associés à l’environnement (rein, poumons, trachée et bronches) : valeur significativement plus élevée pour la Côte-Nord par rapport à l’ensemble du Québec (seuil de 0,01), 2003-20061.
Pour les hospitalisations pour certains diagnostics associés à des facteurs de risque environnementaux, Côte-Nord, 2006 à 2009 : valeur significativement plus élevée pour la Côte-Nord par rapport à l’ensemble du Québec (seuil de 0,01) pour ces diagnostics1 :
Infarctus aigu du myocarde
Affections cardio-pulmonaires aigues
Troubles du rythme cardiaque
Insuffisance cardiaque et œdème pulmonaire
Bronchite et bronchiolite aigue
Asthme
LA QUALITÉ DE L’AIR À SEPT-ÎLES
Le rapport de juin 2010 du MDDEP (Ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs du Québec), après avoir mesuré la qualité de l’air à Sept-Îles, suggérait des mesures de mitigation (atténuation) pour les matières particulaires, les odeurs et le benzène, un cancérogène reconnu. Le Comité de défense de l’air et de l’eau a demandé au MDDEP et au directeur de la santé publique de la Côte-Nord quelles sont les mesures de mitigation qui ont été mises en place et le Comité n’a pas eu de réponse. Depuis l’automne 2011, il y a 3 capteurs d’air dans la ville de Sept-Îles dont 2 sur la rue Retty, gérés par IOC, et 1 sur la rue Brochu appartenant à Aluminerie Alouette. Le Comité a demandé à voir les données mais n’a toujours pas eu de réponse. Pourquoi les compagnies refusent-elles de rendre ces données publiques à la population?
La moyenne annuelle des PM2,5 (particules inhalables de moins de 2,5µm de diamètre) dans la communauté urbaine de Montréal (2002) est de 9,5 µg/m3 (moyenne annuelle). À Sept-Îles, les seules données disponibles sont celles du 16 au 20 juin 2009 par le laboratoire mobile du MDDEP (TAGA) et sont de 11 µg/m3 alors que la moyenne du secteur Retty était de 13,1 µg/m3. Selon nous, cela ne représente pas la réalité de 2011 dû au fait que l’activité industrielle était moins importante à l’époque. L’ajout de tous les nouveaux projets à Sept-Îles ne peut qu’aggraver la situation (Mine Arnaud, Labrador Iron Mine, New Millenium, Alouette phase 3, l’aciérie, Consolidated Thompson, augmentation de production d’IOC, etc.), car il y a un effet cumulatif de ces projets sur la qualité de l’air. À titre d’exemple, une concentration de PM2,5 de 30 µg/m3 correspond à l’impact qu’aurait le fait de fumer environ un paquet de cigarettes par jour. Dans les habitations où personne ne fume, l’air extérieur est la principale source des niveaux de matières particulaires dans les locaux.3 Rappelons que la mauvaise qualité de l’air au Québec est définie au niveau de 35 µg/m3 de PM2,5 en moyenne sur 3 heures4. « Les décès prématurés attribuables à l’exposition aux PM2,5 représentent environ 5% de la mortalité totale non accidentelle au Québec. »5
MINE ARNAUD
Mine Arnaud ne veut pas installer de capteurs d’air. Une mine en ville, sans capteur d’air, en 2012? Comment respecter les normes s’il n’y a pas de capteurs d’air? Il pourrait y avoir un indice de qualité d’air pour le Plan Nord afin de connaître, en direct, la qualité de l’air que nous respirons comme c’est le cas pour la plupart des régions du Québec. Mine Arnaud refuse aussi d’avoir une évaluation des risques toxicologiques pour la santé humaine concernant les métaux et la silice respirable.
Le Regroupement pour la Sauvegarde de la grande Baie de Sept-Îles a demandé au conseil municipal de Sept-Îles de l’appuyer dans sa demande de capteurs d’air et d’évaluation de risques toxicologiques pour la santé humaine (correspondance du 14 mars 2011). Le Regroupement n’a eu aucun appui de la Ville ni pour les capteurs d’air ni pour l’évaluation.
CONCLUSION
L’Institut national de la santé publique vient rappeler dans son dernier rapport que la santé environnementale, la santé humaine et le développement durable doivent être au cœur de nos choix de société : « En perspective, nous savons depuis longtemps que notre environnement peut avoir une influence sur notre santé. La qualité de l’air que nous respirons dans notre résidence ou à l’extérieur est également tributaire de nos choix, individuels ou collectifs. Nous sommes responsables de l’évolution que connaitrons nos environnements au cours des années à venir. La Loi sur le développement durable vient baliser depuis 2006 l’ensemble des actions gouvernementales pour que celles-ci soient conformes à la sauvegarde de notre environnement. Dans ce nouveau contexte, le renforcement de la surveillance des impacts sur la santé des différents facteurs environnementaux acquiert une importance particulière dans la mesure où elle permet de jeter un éclairage sur des problèmes peu connus ou moins documentés. De cette façon, le regard de la santé publique sur l’environnement pourra contribuer à placer la santé environnementale au cœur des enjeux du développement durable. »1
Afin que la population connaisse l’heure juste sur son milieu et qu’elle puisse prendre des décisions éclairées, nous voulons :
des réponses du Directeur de la santé publique de la Côte-Nord, Dr Raynald Cloutier concernant l’estimation des risques sanitaires et autres, pour les Sept-Îliens avant et après la venue des projets.
un indice de qualité de l’air Plan Nord.
Des mesures de mitigations mises en place, tel que suggéré dans le rapport MDDEP (juin 2010).
Il est temps que la qualité de l’air à Sept-Îles soit traitée comme un facteur important de santé publique. Ainsi, la population de Sept-Îles sera capable de juger par elle-même des projets qui seront valables.
Denis Bouchard
Comité de défense de l’air et de l’eau de Sept-Îles
Louise Gagnon
Regroupement pour la Sauvegarde de la grande Baie de Sept-Îles
1-418-968-1247
1 Portrait de santé du Québec et de ses régions, Gouvernement du Québec, 2011.
2 Inventaire national des rejets des polluants (2011)
3 Objectifs nationaux de qualité de l’air ambiant quant aux matières particulaires. Sommaire. Santé Canada et Environnement Canada. 1998.
4 Indice de la qualité de l’air, MDDEP. 2011.
5 Estimation des impacts sanitaires de la pollution atmosphérique. Institut national de la santé publique. Décembre 2007.
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