Éolien: Hydro aurait pu s’allier à Bombardier

Jean-François Cloutier et Annie Dufour

EXCLUSIF--Alors que le Québec a choisi de prendre le virage de l’éolien et que les énergies vertes prennent de plus en plus d’importance un peu partout dans le monde, la province a manqué une belle occasion de développer un champion québécois en la matière.

 D’après ce qu’a appris Argent, le géant montréalais de l’aéronautique Bombardier a songé très sérieusement à se lancer dans la fabrication d’éoliennes en 2006-2007, mais aurait finalement renoncé à aller de l’avant en raison du trop grand nombre d’inconnues.

La cause principale de ce recul de dernière minute aurait été l’absence de garanties qu’elle avait de recevoir des commandes d’Hydro-Québec.

La société d’État lançait à l’époque une vague d’appels d’offres afin de couvrir le territoire québécois d’éoliennes et aurait refusé de conclure une entente spéciale avec Bombardier.

Pour le professeur à HEC Montréal Pierre-Olivier Pineault, l’implication de Bombardier dans l’éolien «aurait eu un sens extraordinaire», assurant une présence québécoise dans un secteur d’avenir que dominent maintenant les Chinois, les Américains et certains pays européens.

Jointe par Argent, la ministre des Ressources naturelles, Nathalie Normandeau, a justifié la position d’Hydro-Québec. Selon Mme Normandeau, la société d’État a bien fait de ne privilégier aucune compagnie et de faire jouer la concurrence à l’époque.

«On voulait s’assurer qu’on ait le meilleur prix pour le kilowattheure. On voulait aussi que chaque projet ait un contenu régional», a-t-elle dit.

Du côté du Parti québécois, on estime cependant qu’il s’agit d’une occasion ratée majeure. «Je trouve ça drôle qu’on parle de concurrence, alors qu’on décide d’octroyer un contrat de gré à gré pour le renouvellement des voitures du métro », a souligné Sylvain Gaudreault, porte-parole du PQ en matière d’énergie.

Carl Simard, portefeuilliste chez Gestion Médici, pense que l’incursion de Bombardier dans la filière éolienne aurait grandement contribué au développement économique du Québec et du Canada. «Malheureusement, aujourd’hui, il est trop tard», a-t-il déploré.

Bombardier a confirmé à Argent qu’elle s’était intéressé à l’éolien en 2006-2007, mais n’a pas voulu préciser les raisons expliquant son refus d’aller plus loin.

Rappelons que les projets éoliens au Québec font de plus en plus l’objet des convoitises de l’étranger.

Ainsi, on apprenait cette semaine qu’un an après avoir été abandonné par Cartier Énergie, le projet de parc éolien à Les Méchins et Grosses-Roches pourrait bien revivre.

Le plus important fabricant d'éoliennes en Chine, Sinovel, montre de l'intérêt dans la relance du parc éolien de 150 MW. Le projet comprend une centaine d'éoliennes et est évalué à 300 millions de dollars.

Des groupes français et américain sont aussi devenus récemment actionnaires uniques de plusieurs parcs éoliens sous contrat avec Hydro-Québec.

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